Distinguer la maîtrise du contrôle

Qui n’a pas déjà éprouvé ce sentiment intense de joie que procure la maîtrise d’une action ? Une langue, une technique, une méthode, pratiquées avec adresse, élargissent notre champ d’action et nous donnent davantage prise sur le monde. Un processus en trois temps :

1 : Je ne sais pas que je ne sais pas

Mythe de la caverne, La République de Platon. Les prisonniers tout au fond de la caverne ne perçoivent du monde qu’un théâtre d’ombres. Ils ignorent encore que la réalité du monde ne se réduit pas aux ombres projetées sur le mur.

2 : Je sais que je sais

« Je possède désormais le sujet ». Ce qui se présentait alors comme un obstacle est désormais intériorisé et fait partie intégrante de mon être. Chaque seuil franchi me rend plus fort.

3 : Je ne sais plus que je sais

Demandez à un artiste comment il crée ses couleurs et ses formes : il vous répondra souvent soit qu’il ne sais pas lui même soit qu’il se laisser guider par son intuition et qu’à force d’expérimenter…

Quelle est la place de l’intuition dans l’expérience de la maîtrise ?

A travers une activité que nous maîtrisons et qui nous stimule dans la durée, nous faisons l’expérience du flow (Mihaly Csikszentmihalyi). Notre attention se trouve toute entière investie dans l’oeuvre en cours. Nous ressentons la joie de créer, d’accomplir et d’accroitre notre potentiel d’action.

La maîtrise n’est pas le contrôle

La maîtrise est intuitive, synthétique, créative ; le contrôle est cérébral, analytique, peut-être besogneux. La maîtrise vient de la personne, le contrôle de la fonction ou de l’organisation. La maîtrise tend à l’économie, le contrôle à l’abondance (procédures, …). La maîtrise est ouverture à l’incertain, le contrôle écarte toute surprise. La maîtrise est à la joie, ce que le contrôle est à la peur.

Le contrôle demande de la maîtrise.

Le contrôle porte sur ce qui est extérieur à soi. La maîtrise est d’abord relation à soi et maîtrise _de soi. “_On ne contrôle que ce que l’on ne maîtrise pas, que ce qui nous est extérieur. La maîtrise, au contraire, est celle de ses propres limites. On s’exerce, par exemple, à maîtriser son désir de contrôler (…) Maîtriser, c’est toujours maîtriser un sujet, à commencer par celui que l’on est à soi-même.” (Thibaud Brière).