Un éclairage anthropologique sur la rivalité

La rivalité est la « concurrence de deux ou de plusieurs personnes ayant des prétentions sur une même chose » (Encyclopédie, Diderot). À l’origine du mot, des riverains (rivalis) en concurrence pour étendre leur influence sur un ruisseau (du latin, rivus). La rivalité naît ainsi d’une compétition entre différentes personnes pour accroître leur chance d’accéder à des ressources évaluées par elles comme suffisamment importantes pour justifier un rapport de force.

Lorsque ces ressources sont objectivement limitées, comme les ressources naturelles, le motif de la rivalité est clairement identifié et peut être compris. L’Histoire est ainsi tissée de toutes sortes de rivalités de ce genre (commerciale, idéologique, géopolitique, …) qui ne sont pas toutes funestes, loin de là.

Mais comment comprendre l’origine de la rivalité quand deux enfants se disputent un même jouet sur une montagne d’autres jouets ? Quand de riches héritiers se disputent des sommes dérisoires au regard du montant astronomique de l’héritage reçu ?

Le jouet n’est en effet pas supérieur aux autres jouets, la somme disputée reste dérisoire au regard de la fortune reçue… Mais qu’en est-il du processus relationnel entre ces deux enfants ou bien entre ces deux héritiers ?

Pour l’anthropologue René Girard, le désir de l’homme est toujours le désir de l’autre. Nous désirons un objet parce que nous imitons le désir d’un autre pour cet objet. En imitant le désir de l’autre, le sujet rival ne fait qu’augmenter le désir de celui-ci pour l’objet qu’il détient.

Dans ce jeu de miroir, les reflets du désir donnent naissance à une recherche indéfinie de rivalité, jusqu’à s’abimer dans la violence la plus destructrice.